Car Life
Ralph Lauren : « L’automobile inspire mes collections de mode »


Autant amateur de mode que d’automobile, Ralph Lauren a su élever ses deux passions au sommet, la première permettant de financer la seconde pratiquement sans limite. Il s’est ainsi constitué au fil des années une des plus belles collections du monde, avec comme pièce de choix une Bugatti Atlantic absolument sublime.

J’ai toujours considéré l’auto-mobile, non pas comme un objet, mais comme un art contemporain parmi les autres. Une auto, c’est une sculpture mobile et sonore. J’ai déjà eu l’opportunité, il y a quelques saisons, de rassembler mes voitures pour une exposition. Lorsque le musée de Boston m’avait appelé, j’étais ravi. Alors, vous pensez, quand on m’a proposé il y a trois ans de récidiver à Paris, aux Arts déco, dans la perspective du Louvre, je ne pouvais refuser. Cela correspond tout à fait à la conception que je me fais de l’automobile et à la vision que j’en ai.
Ma toute première était une Morgan 1961 couleur crème, avec des sièges en cuir, que j’ai achetée au milieu des années 1960. Je n’avais pas beaucoup d’argent à l’époque et j’ai été contraint de la revendre lorsque je me suis marié, pour pouvoir me payer un appartement à Manhattan. C’est la seule voiture que j’aie jamais revendue. Depuis, toutes les autres, je les ai gardées. D’ailleurs, quelques années plus tard, lorsque j’ai commencé à gagner de l’argent, la première voiture que j’ai rachetée était une autre Morgan, une +4 de 1966, qui fait toujours partie de ma collection.
Bien sûr, je n’aime pas seulement les Morgan, mais les européennes dans leur ensemble. Les voitures du Vieux Continent ont toujours évoqué pour moi l’esthétique, le style, la noblesse automobile.
Je suis né aux Etats-Unis, dans un univers de Pontiac, de Buick et autres Cadillac. Lorsque j’ai découvert les premiers modèles européens, l’attrait pour eux a été radical. L’Europe et l’Amérique incarnent comme deux visions du monde automobile et, vous l’aurez deviné, je n’aime pas les voitures américaines, hormis la Jeep Willys pure
et dure, celles des G.I. et du débarquement, ou encore certains modèles de Ford.
Pour moi, la voiture est une question de passion amoureuse. Je ne suis pas collectionneur, je n’arrive pas à quitter mes autos successives. Je suis un sentimental. Il ne faut pas y chercher des raisons ou de la rationalité. à chaque fois, ce sont des acquisitions coup de cœur. Même si elles ont en commun d’être des voitures d’exception, d’envergure. Il y a sûrement un paradoxe, mais en plus, l’automobile a souvent inspiré mes collections de mode. Ma dernière montre, présentée à Genève, est d’ailleurs inspirée d’une Bugatti. J’ai même dessiné une ligne de meubles dont les sièges ont été inspirés par l’une de mes voitures.
Mes voitures ne sont pas des concept cars, elles ont toutes été montées en série. Ce sont des modèles rares, d’exception, même lorsque, comme pour la Testarossa, il y en a eu plusieurs centaines d’exemplaires. Je tombe régulièrement amoureux d’une nouvelle voiture. Me demander de choisir, c’est comme me demander de me séparer de l’un de mes enfants. Mes voitures ont toutes une sonorité, une histoire différente. Elles évoquent des saisons, des émotions, des époques. Chacune a son importance.Je les conduis toutes régulièrement car elles sont toutes en état de marche. Je suis même capable de les reconnaître au son de leur moteur.
En revanche, je n’ai pas une passion pour la course automobile. J’aime l’auto pour ce qu’elle est, me retrouver seul au volant, dans l’immédiateté de l’instant, partager des moments. Je ne suis pas un fou de mécanique ni de vitesse, mais d’esthétique. Je préfère me promener sur les routes sous la pluie à mon rythme.
Mon fils a la même passion. Il n’a pas encore entrepris de collection, mais depuis qu’ils sont petits, mes enfants se promènent dans mes voitures. Cela veut dire qu’ils ont bon goût !



>