Eléna Lucas
Les hommes qui ont fait Ferrari

Travailler avec Enzo Ferrari n’était pas chose aisée. Comme tout grand capitaine d’industrie de cette époque (à ce niveau, les temps ont bien changé), le commendatore s’imposait une discipline de fer, qu’il transmettait à l’ensemble de ses collaborateurs. Ne cherchons pas ailleurs les raisons du succès. Mais entre gagner des courses automobiles et devenir le plus grand mythe de toute l’histoire de l’industrie du XXème siècle, il y a une marge qui n’a pas pu être comblée par un seul homme

Indianapolis 1952. Au départ des 500 miles, 33 concurrents : 32 pilotes américains, 32 voitures américaines… et 1 équipage 100% italien, avec Ascari au volant de sa Ferrari. Incroyable petite Scuderia qui commence sa conquête du monde.. Derrière ces succès, des hommes pas tout à fait comme les autres…

Battista et Sergio Pininfarina

En 1962, Enzo Ferrari, au centre, entouré de la famille Pininfarina, Battista, le père, et Sergio, le fils.

Si Enzo porte la responsabilité principale des succès sportif, c’est un personnage étranger à l’entreprise qui a été en charge d’habiller les modèles civils. Ainsi, considérer Battista Pininfarina comme l’alter ego d’Enzo lui-même pour la partie voiture de production n’a rien d’un sacrilège. Carrossier de son état -aujourd’hui, on dirait designer-, c’est lui, puis son fils Sergio, qui ont dessiné les plus belles Ferrari de route depuis toujours. Imaginez que les Ferrari aient été laides, et dans le meilleur des cas, le cheval cabré serait resté cantonné aux épreuves sportives, ou plus certainement disparu, faute de moyens.

Gioacchino Colombo et Aurelio Lampredi

Gioachino Colombo, motoriste historique de Ferrari.
Aurelio Lampredi, au premier plan, avec Sergio Pinifarina.

Techniquement, l’ingegnere, Enzo Ferrari (il n’a jamais eu le diplôme et été qualifié ainsi honoris causa) a été remarquablement entouré par deux personnalités. Il valait mieux, car Enzo, habitué des circuits des années 20 constitués essentiellement de lignes droites, considérait qu’une voiture de course, c’était un moteur… et un pilote qui devait se débrouiller avec le châssis. Gioacchino Colombo fut le concepteur des premières Ferrari à la fin des années 40. On lui doit notamment le principe du V12, architecture qui fait encore le prestige de la marque aujourd’hui. Rapidement, il sera supplanté par son adjoint, Aurelio Lampredi, dont le principal trait de caractère était de croire dans les vertus de l’organisation… ce qui n’était pas sans poser problème à Enzo qui fonctionnait plus à l’italienne. L’entente entre les trois était qualifiée de cordiale, mais on ne les imagine pas avoir jamais passé Noël ensemble.

Mauro Forghieri

A ses débuts, Mauro Forghieri était plus jeune que ses pilotes. Ici, à gauche, John Surtees.

Tout jeune ingénieur, entré chez Ferrari à 24 ans, Mauro Forghieri aura traversé les époques les plus dissemblables de la Formule 1. Directeur technique de la Scuderia de 1959 à 1984, il aura connu et accompagné toutes les révolutions, avec les passages du moteur avant (années 50) à l’arrière (années 60), du châssis tubulaire (années 60) à la coque carbone (années 80), en passant par la monocoque (années 70), des moteurs atmo au turbo… Sa carrière connut de belles conquêtes, avec les titres de Lauda et surtout les victoires au Mans dans les années 60. Mais aussi quelques traversées du désert.

Luca di Montezemolo

Enzo Ferrari, Niki Lauda et le très jeune Luca di Montezemolo, les trois principaux artisans du retour de Ferrari au premier plan en Formule 1 en 1975.

Evincé sans classe par Sergio Marchionne fin 2014, Luca di Montezemolo restera à coup sûr dans l’histoire comme le plus brillant dirigeant de Ferrari. A l’aune du palmarès, et si ce n’était blasphématoire, on pourrait même le placer au-dessus du commendatore lui-même. Bombardé patron de la gestion sportive à l’âge de 25 ans, il connut un succès immédiat avec le titre de Lauda en 1975. Parti sous d’autres cieux dans les années 80, il revint en 1991 pour sauver une entreprise tombée plus bas que terre, aussi bien côté piste que d’un point de vue industriel. Avec des succès sans précédent dans les deux domaines.

Jean Todt

Jamais aucun directeur sportif n’aura gagné autant de titres pour Ferrari que Jean Todt.

Il y a une chronologie dans la mise en place de la dream team qui domina la F1 comme jamais dans tout l’histoire de la discipline. 1991 : arrivée de di Montezemolo à la tête de l’entreprise. 1993 : arrivée de Jean Todt à la tête de l’activité sportive. 1996 : arrivée de Michael Schumacher au volant. 1997 : arrivée de Ross Brawn comme directeur technique. La force de Jean Todt a toujours été de placer les meilleurs du monde à chaque poste, y compris au sien…



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