Eléna Lucas
Ferrari, champion des appellations ratées

Ne cherchez pas une explication logique aux appellations des Ferrari, il y en a quasiment autant que de modèles : n’importe quoi !

La règle historique -et la plus connue auprès des experts- est celle ayant trait à la capacité de chacun des cylindres (quand on vous disait que pour Ferrari, seul le moteur comptait !). Ainsi, la première 166 Inter était-elle équipée d’un moteur douze-cylindres de 1992 cm3, soit 166 cm3 par cylindre (166 x 12 = 1992 cm3). Un système qui trouva rapidement ses limites quand des modèles différents seront équipés du même moteur (des autos de course, des coupés, des 4-places…), se retrouvèrent avec le même nom, car elles disposaient de la même architecture moteur. Et parfois avec quinze ans d’écart ! Le V12 de trois litres concernera ainsi une dizaine de modèles qui s’appelleront tous 250 « quelque chose ». Ou pas d’ailleurs !

Ensuite, Ferrari compliqua un peu la donne en voulant ajouter le nombre de cylindres. Mais cela faisait trop de chiffres. D’un pragmatisme compréhensible de lui seul, il décida à certaines périodes, de commencer par la cylindrée totale du moteur accolée au nombre de cylindres. Par exemple, 4,5 litres et 8 cylindres pour la dernière 458 Italia. Un système qui ne peut fonctionner avec les V12 que si la cylindrée du moteur est un compte rond : quatre litres (412) ou cinq litres (BB512), mais pas 4,5 litres (sinon, cela ferait 4512). D’ailleurs, dans les années 70, la 400 ne répondait à aucune de ces logiques.

Pour la F355, on pouvait donc penser qu’il s’agissait d’un 3,5 litres… 5 cylindres. Eh bien non, 5 soupapes par cylindre. Idem pour le 4 des GTB/4, GT4, qui signifie tantôt 4 places, tantôt 4 arbres à cames en tête.

A propos de la BB512, tout le monde s’accorde à penser que les initiales de la voiture signifient Berlinetta (2 places) Boxer (en référence à l’architecture quasiment à plat de son moteur). Or, tandis que tout le monde chez Ferrari s’accordait sur cette définition, bien des années plus tard, l’un des concepteurs de l’auto finit par faire entendre sa voix en révélant que cette appellation signifiait Berlinetta Bialbero (berlinette à double arbres à cames).

La Daytona est également un cas savoureux. De son vrai nom, 365 GTB/4, elle est devenue tout a fait officieusement Daytona un an après sa naissance pour célébrer sa victoire sur le circuit du même nom. Curieusement, plus aucune Ferrari n’héritera d’une appellation de ce type par la suite.

Quant au F apparu sur les modèle récent, il perpétue la tradition du grande casino, puisque certaines en héritent (F512, F430, F512, FF…) et d’autres non (430 F1, 550, 599, California…), sans aucune raison.

Le T peut signifier « transversal » pour la Mondial (attention, pas le moteur, la boîte) ou « turbo » pour la dernière California.

Le plus beau pour la fin. La F40 marquait le quarantième anniversaire de la marque, mais la F50 est sortie… la 47e année ! On attendait la F60 en 2008, mais ce fut la Enzo en 2002 ! Quant à la dernière FF, ces initiales signifient Ferrari Four, mais personne chez Ferrari ne sait si c’est pour 4 places ou 4 roues motrices. Tout cela n’a aucun sens, mais fait avancer la légende. Quant à la dernière LaFerrari, c’est le pompon ! Allez, on en reparle dans 100 ans ?

Le cheval cabré… de Stuttgart !

Même l’histoire du cheval cabré est une bizarrerie. Depuis plus de soixante ans, les deux marques incarnant le mieux la voiture de sport sont sans aucun doute Ferrari et Porsche. Il est amusant de constater qu’elles arborent en emblème le même cheval cabré. Pour Porsche, il s’agit du symbole officiel de la ville de Stuttgart, berceau du constructeur allemand. Détail anecdotique, le cheval est une jument, alors qu’il s’agit d’un étalon pour Ferrari. En 1923, le pilote Enzo Ferrari rencontre le couple Baracca, parents d’un as de l’aviation italienne, mort au combat quelques années plus tôt. L’insigne de Francesco Baracca est un cheval cabré, récupéré sur l’avion d’une de ses victimes, un pilote allemand arborant le signe de la ville de Stuttgart. Mme Bacarra proposa à Enzo Ferrari de s’approprier ce cheval cabré pour l’apposer sur les carrosseries de ses voitures, qui accepta. Il le représentera sur fond jaune, couleur de la ville de Modène. Et voilà comment les Ferrari roulent depuis toujours avec au bout de leur capot, l’emblème… de la ville de Porsche.



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